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 Vétérinaire de campagne installé à Pleyben depuis un quart de siècle, Philippe Hamon est aux premières loges pour constater la détresse exprimée, tous les jours, par ce milieu agricole qu'il connaît si bien. Totalement désarmé
face à une situation dramatique, il a souhaité réagir à travers une lettre ouverte intitulée « Quand le paysan
disparaît». Il en appelle à la mobilisation de tous.

« j'en ai marre...Je reviens d'une ferme où le gars avait encore les larmes aux yeux. Je ne peux plus rester sans rien dire. Ces gens-là, c'est ma famille . Et elle est en train de crever ! Jeudi , 13 h : Dans la clinique vétérinaire de Pleyben où il s'est installé il y a 25 ans, Philippe Hamon est partagé entre un sentiment de révolte et un désarroi non feint . Ça se sent, ça s'entend. Cette crise agricole qui va en s'aggravant d'année en année et dont les derniers soubresauts ne sont qu 'un énième signal de détresse, " tant on a laissé l'agriculture aller à vau-l'eau", ça le prend aux tripes.« Ça m'empêche de dormir. Car je vis et je travaille avec les paysans. j'ai envie de les aider,
d'être acteur de quelque chose à leur côté »,confie celui qui , spécialisé dans le cochon, parcourt quotidiennement le Finistère du Nord au Sud.


Un plaidoyer de deux pages

Mais que fa ire ? Prendre la plume afin de décrire tout ce qu'il ressent est la solution pour· laquelle il a opté. Du moins dans un premier temps. Ph ilippe Hamon s'est même résolu à rendre cette lettre publique, afin de partager avec le plus grand nombre  Son regard neutre, extérieur au strict monde des éleveurs et à celui des politiques. Intitulé « Quand le Paysan disparaît», avec un P capital, « car dans
ma bouche, il s'agit d'un qualificatif élogieux et plein de respect », ce plaidoyer d' un peu plus de deux pages extrêmement bien écrit résonne comme un cri du cœur appelant à une prise de conscience générale de la situation .
Quand le paysan disparaît c'est le village au fond de la route qui s'éteint. On compromet le devenir de nos paysages, de nos territoires, de notre bocage. C'est un pilier essentiel de la vie de nos bourgs, au même titre que le curé, l' instituteur ou le boulanger, qui disparaît. C'est le carburant de nos campagnes qu'on abandonne, c'est le cœur de la Bretagne, son poumon, qu 'on regarde s'éteindre. Ce sont nos racines qu'on re nie. C'est le capital qu 'on est censé t ransmettre à nos enfants que l'on ne défend plus », écrit-il notamment.

Comment peut-on se regarder dans une glace ?

Pour Philippe Hamon , il y a urgence absolue à réagir, à se mobiliser aux côtés d'hommes et de femmes à qui on a fait prendre de gros risques financiers, " qui travaillent énormément et avec passion, jusqu'à 70-80 heures par semaine , mais qui se lèvent chaque matin pour perdre de l'argent."  Une vie sous la pression constante des marchés et de l'administration, qui ne cesse de pondre encore et toujours plus de normes. " Par exemple , on se soucie beaucoup du bien-être animal en ce moment. Mais qui se soucie du bien-être des éleveurs? ", interroge le vétérinaire.
"Ce que je vois tous les jours dans les fermes tient en un mot : le désespoir ", souffle encore Philippe Hamon.
Et d'ajouter que la plupart des agriculteurs sont aujourd'hui prêts à tout abandonner . " Il y a quelques années, on n' imaginait pas pouvoir discuter de la vente de sa ferme avec un exploitant. Aujourd'hui, ils vous demandent directeme nt combien vous voulez mettre dans l'affaire. C'est ça la réalité ! Il y en a même qui arrêtent alors qu'ils n' ont pas de problèmes financiers ; ils sont simplement dégoûtés, stressés, fatigués. Et seuls."
Autre triste réalité, qui n'est pas sans lien avec le précédent constat : les suicides. À l'énoncé de ce mot tabou dans le milieu, l'émotion est palpable chez Philippe Hamon, qui a bien du mal à en parler. " l' évocation du risque, réel,
est fréquente ... , finit-il par lâcher. Si on assiste à tout ça sans rien faire, comment peut-on ensuite se regarder dans la glace ? "


Absence de reconnaissance

Pour le vétérinaire pleybennois, il ne fait aucun doute que la Bretagne est devenue ce qu'elle est grâce aux paysans, qu'ils sont son âme, sa pierre angula ire. " Malheureusement, il n'y a plus aucune reconnaissance de la population . Mais quand ils seront tous par is, ce sera trop tard, ils ne reviendront plus",alerte-t-il.
la Bretagne est-elle vouée à devenir un pays sans paysan ?  "C'est clairement ce qui va se passer s' il n'y a plus personne pour défendre la qualité de leurs produits, défendre leur place dans la société, défendre l'ident itémême de la
Bretagne et de la France, le plus beau pays d'élevage", prévient Ph ilippe Hamon .
Et le vétérinaire de conclure : "Quand le Paysan disparaît, c' est le souffle de la vie qui s' en va. Mobilisation ! »

Gwendal Hameury. Article paru dans Le Télégramme du 30 janvier 2016

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